Un chiffre posé là, brut et sans fard : depuis plus de soixante-dix ans, la Chine n’a pas touché d’un iota à l’âge légal de départ à la retraite. Soixante ans pour les hommes, cinquante-cinq pour les femmes cadres, cinquante pour les ouvrières. Ce découpage, hérité d’une autre époque, résiste à toutes les réformes. Les travailleurs du public et du privé évoluent sous des règles différentes, tandis que certaines catégories professionnelles bénéficient de dérogations que l’on ne trouve quasiment nulle part ailleurs.
Les expatriés français affiliés au système chinois se retrouvent souvent à cotiser sans espoir de transférer leurs droits en France. Quelques accords bilatéraux tentent d’ouvrir une brèche, mais ils restent limités, loin de régler la question de fond. Et pendant que la Chine envisage de repousser graduellement l’âge de départ, l’incertitude gagne du terrain, surtout chez les étrangers installés sur place.
Le système de retraite chinois : histoire, fonctionnement, défis contemporains
Le système de retraite chinois puise ses racines dans une logique héritée de l’économie d’État maoïste. Dès le départ, tout séparait secteur public et secteur privé, et malgré des tentatives de rapprochement dans les années 1990, cette frontière tient bon. Les citadins disposent d’un régime public de retraite qui s’appuie sur la sécurité sociale chinoise, alors que la population rurale doit se contenter de dispositifs propres, largement moins généreux.
Les cotisations sont obligatoires autant pour les salariés que pour leurs employeurs. Leur taux fluctue selon les provinces, mais s’établit généralement autour de 28 %, réparti entre société et salarié. Depuis 1997, un principe de capitalisation individuelle vient compléter la répartition : chacun alimente une réserve personnelle qui comptera dans le calcul de la future pension. Les contrastes régionaux restent prononcés ; à Shanghai ou Pékin, le montant des pensions dépasse nettement celui de nombreuses autres provinces.
Le vieillissement démographique agit comme un révélateur : l’espérance de vie grimpe, mais le nombre de cotisants rapporté aux retraités s’effondre. Conserver un équilibre financier tout en protégeant l’équité et l’efficacité du système de retraite chinois, voilà le défi de taille. Si la protection sociale doit tenir, chaque tension sur les équilibres rend le débat sur la retraite en Chine plus aigu que jamais.
Âge de départ à la retraite en Chine : ce que dit la règle aujourd’hui
Le cadre légal de la retraite en Chine n’a pas évolué depuis les années 1950. La conséquence ? Un des âges de départ parmi les plus précoces du monde. Mais les seuils actuels s’accordent mal avec l’allongement de la vie professionnelle et les attentes sociales. Chaque catégorie obéit à ses propres règles, en fonction du poste et du genre :
- Hommes salariés non-cadres : 60 ans
- Hommes cadres : 60 ans
- Femmes salariées non-cadres : 50 ans
- Femmes cadres : 55 ans
Ce découpage rigide, trace d’un système planifié, entraîne des différences marquées. Les femmes quittent souvent l’activité professionnelle plus tôt, ce qui réduit le montant de leur pension et agit sur la dynamique générale de l’emploi. Les hommes prolongent de leur côté leur présence dans le monde du travail, fidèle au schéma industriel hérité du passé.
Face à la pression démographique, l’ajustement s’impose. Mais relever l’âge légal de départ fait l’objet de débats intenses : comment avancer sans désavantager les plus vulnérables ? Une réforme graduée semble faire consensus, mais les détails et le calendrier restent suspendus. Ce point de tension reflète toute la complexité des enjeux liés à la sécurité sociale en Chine.
Réformes à venir : quelles conséquences pour les travailleurs et les expatriés ?
Le chantier de la réforme des retraites se prépare à petits pas. Pékin évalue les options, avec une priorité : reculer l’âge de la retraite et assurer le devenir de la protection sociale.
Côté salariés locaux, la première étape semble se dessiner : extension progressive de l’âge légal, adaptation du volume de cotisations et ajustement des dispositifs d’assurance retraite. Dans certains secteurs comme l’industrie lourde, des mesures spécifiques pourraient venir tempérer la transition. Les discussions englobent aussi l’assurance maladie, le chômage et les accidents du travail. L’objectif ? Garder un filet social solide sans freiner la compétitivité chinoise.
Pour les expatriés, vigilance de rigueur. Les évolutions sur le statut des travailleurs étrangers, et la possible hausse des charges sociales, pourraient rendre l’accès au marché du travail plus exigeant. Les entreprises surveillent de près les nouvelles obligations concernant l’assurance sociale locale. Les contours de la coordination avec les systèmes étrangers restent flous, ce qui impose aux spécialistes en protection sociale une attention constante pour anticiper les chocs potentiels sur les droits et les parcours professionnels.
Expatriés français en Chine : droits à la retraite et parcours administratif
Pour un expatrié français qui travaille en Chine, la retraite relève d’une véritable navigation à vue entre deux régimes. Là-bas, aucune coordination systématique des droits n’a été établie avec la France. L’affiliation au régime local est généralement la règle, exception faite de certaines missions précises selon la nature du contrat. En tant que salarié local, impossible d’y échapper : les versements au titre de l’assurance sociale chinoise s’imposent, pension vieillesse incluse.
Si le poste relève du détachement, l’expatrié peut, dans certains cas, conserver la sécurité sociale française, mais dès lors que le contrat est local, c’est le régime chinois qui prime. Pas de transfert automatique possible : chaque période cotisée à Pékin ne permettra pas, ensuite, de valider des trimestres auprès de l’assurance vieillesse à Paris.
Avant de se lancer, voici les principales démarches nécessaires pour se prémunir contre les mauvaises surprises et compléter sa couverture :
- Souscrire une mutuelle d’expatriation afin de renforcer la protection santé sur place
- Relire attentivement son contrat de travail afin d’identifier toute clause qui précise le régime de couverture sociale
- Contacter la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) pour garantir la continuité de certains droits en France
Travailler en Chine entraîne des conséquences directes sur le parcours professionnel et influe considérablement sur la future pension. Entre double cotisation et périodes non reconnues, diminuer sa protection est un risque bien réel. Chaque année passée hors du régime français pèse ensuite dans le calcul de la retraite. Mieux vaut préparer le terrain et s’informer, afin d’éviter les écueils au moment du retour au pays.
Tandis que la Chine se prépare à bouleverser un cadre resté figé depuis des décennies, chacun apprend à s’adapter. Les salariés réinventent leur trajectoire, les expatriés redoublent de vigilance. La retraite en Chine n’a jamais été un long fleuve tranquille : c’est une histoire aux multiples rebondissements qui, au fil des réformes, façonne le destin social de tout un pays.


