Lors d’un crédit immobilier, l’assurance emprunteur représente souvent un poste de dépense sous-estimé. Elle peut pourtant peser jusqu’à 30 % du coût total du prêt. Comprendre comment elle se calcule et connaître ses droits en matière de substitution peut faire économiser des milliers d’euros sur la durée du crédit.
Un coût qui varie selon le profil de l’emprunteur
Le taux d’assurance emprunteur, exprimé sous la forme du TAEA (Taux Annuel Effectif d’Assurance), est calculé en pourcentage du capital assuré. Il dépend de plusieurs variables : l’âge, le statut fumeur ou non-fumeur, l’état de santé, les garanties souscrites et la quotité assurée. Pour un prêt de 300 000 euros sur 20 ans, couvrant les garanties décès, PTIA, IPT et ITT, un non-fumeur de 30 ans peut se voir appliquer un taux de 0,06 % par an, là où un fumeur de 50 ans atteindra 0,51 %. À titre d’illustration, un taux moyen de 0,30 % sur ce même capital représente un coût total de 18 000 euros.
Les garanties couvertes incluent classiquement le décès (DC), la perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA), l’invalidité permanente totale (IPT), l’invalidité permanente partielle (IPP) et l’incapacité temporaire de travail (ITT). La garantie perte d’emploi reste, elle, optionnelle.
Bonne nouvelle pour les emprunteurs : entre 2020 et 2025, les tarifs moyens ont reculé d’environ 27 % pour les profils standards, et jusqu’à 35 % pour les plus de 45 ans, sous l’effet d’une concurrence accrue entre assureurs.
La délégation d’assurance, levier d’économie concret
L’assurance proposée par la banque prêteuse peut coûter jusqu’à quatre fois plus cher qu’un contrat alternatif à parité de couverture. Les économies réalisables en cas de changement de contrat se situent en moyenne entre 10 000 et 15 000 euros sur la durée totale du prêt. Plus la démarche est engagée tôt, plus le gain est important : le coût de l’assurance étant calculé sur le capital restant dû, chaque mois compte.
Depuis la loi Lemoine, entrée en vigueur en 2022, tout emprunteur peut résilier son contrat à tout moment, sans frais ni attente de date anniversaire. La banque dispose de 10 jours ouvrés pour répondre à une demande de substitution, et tout refus doit être motivé par écrit de façon exhaustive. En octobre 2025, cinq grandes banques ont d’ailleurs été sanctionnées financièrement par la DGCCRF pour non-respect de ce délai. La loi Lemoine a également supprimé le questionnaire médical pour les parts assurées jusqu’à 200 000 euros, remboursées avant le 60e anniversaire de l’emprunteur, et réduit le délai du droit à l’oubli de 10 à 5 ans.
Un marché en mouvement, mais encore largement inexploité
Malgré ces évolutions favorables, les banques conservent encore environ 80 % du stock de contrats en cours. Fin 2025, la part des assureurs alternatifs atteignait 19 % du marché, contre 16 % en 2021. Selon le cabinet Actélior, ce chiffre pourrait atteindre 28 % à l’horizon 2030. Côté emprunteurs, seuls 17 % avaient changé de contrat en 2024, alors que 96 % de ceux qui l’ont fait se déclarent satisfaits. La loi Lemoine elle-même reste méconnue : seulement 27 % des Français en avaient connaissance en 2024. Un potentiel d’économies considérable reste donc inexploité, faute d’information ou d’initiative.
Un point de vigilance mérite attention : toute demande de substitution doit présenter des garanties au moins équivalentes à celles du contrat bancaire. Certaines banques intègrent des garanties superflues dans leurs offres packagées, rendant l’équivalence difficile à établir et compliquant de fait le changement de contrat.

